28/06/2006

Alphonse dans les bois de Toulouse

Alphonse, le petit fermier du village revient du marché en sifflant.  Il est, en effet très content. Il vient de vendre  sa plus belle vache, très très chère.

Quand il entre dans le bois de Toulouse, il cesse de siffler, mais fredonne tout bas une chanson qu'il chantait lorsqu'il était encore enfant : "Dans les bois de Toulouse, il y a des voleurs, perlin, perlin, perline. Il y a des voleurs perlin, perlin, pinpin." Alphonse n'ose pas l'admettre mais il a peur.

Il a mille-cinq cents euros dans sa poche, tout l'argent que lui a donné le marchand qui vient d'acheter sa vache.

 

Tout à coup, un homme saute d'un arbre, juste devant lui. Il est très grand, et possède un énorme revolver.

- Donne-moi ton argent, lui dit le voleur.

- Je n'ai pas d'argent, répond Alphonse.

- Tu mens, dit le voleur, je t'ai vu aller au marché avec une vache. Et maintenant tu n'as plus de bête. Tu as donc vendu ta vache. Tu as au moins mille Euros dans tes poches.


- Ce n'est pas vrai, j'ai mille-cinq cents Euros, répond Alphonse. Mes vaches sont de très belles vaches bien soignées, je les vends toujours très chères. Mais je dois garder cet argent pour soigner ma femme qui est très malade.

Si je te donne cet argent, tout le monde va dire que j'ai eu peur de toi, ou encore que j'ai perdu ou joué le prix de la vache.

Nous allons faire un marché : Je vais enlever mon chapeau et tu vas tirer dedans pour lui faire deux gros trous, puis dans mon manteau. Ainsi lorsque je raconterai mon aventure au village, les gens me croiront. Monsieur le Curé fera certainement une collecte pour me donner de l'argent pour soigner ma femme et mes enfants. Je te donnerai encore la moitié de la collecte. Pense à mon honneur et à tout l'argent que tu auras.

D'accord, dit le bandit. Et Pan ! un coup dans le haut du chapeau, et Pan ! un coup dans le côté du chapeau. Et Pan ! Pan ! Pan ! trois coups dans le manteau.

- Maintenant tu vas tirer dans mon veston, dit Alphonse. - Non, répond le voleur, donne moi ton argent, je n'ai plus de balle dans mon revolver.

- Ah ! Ah ! crie Alphonse, en sortant un petit revolver de sa poche, moi, j'ai encore des balles et je vais de suite te mener chez les gendarmes.

Et tout le village qui croyait que le petit Alphonse était bête et peureux le considère aujourd'hui comme un héros.

 

 Cette histoire nous était contée par notre professeur de flamand, dans les années quarante.

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La pluie

Maître Soleil, un beau matin

s'est levé fort chagrin.

Caché derrière un nuage,

il a pleuré de rage.

J’en étais, de ses larmes, tout mouillé.

Je n’avais pas de parapluie

Je sentais mes os se rouiller.

Je voulais crier : «Oh soleil, tu m’ennuies !»

Mais je n’osais pas crier

Il aurait été capable de me brûler.

Tout le monde sait que la pire blessure

Du soleil est la brûlure.

Rentré chez moi, j’ai donc tempêté

Sur ma femme et sur mes enfants.

En un mot ou plutôt en mille mots

Je leur ai violement prêté

D’être la cause de tous mes tourments.

Je n’ai pas tourné autour du pot :

Mes enfants, je les ai tous fessés

Jusqu'à ce que mon bras soit cassé.

Moralité : Il y eut deux gagnants,

Le docteur et les médicaments.

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01/06/2006

 Le corbeau et le renard (suite)

Maître Corbeau, sur son arbre perché

Guettait, à ses pieds, son fromage.

Maître Renard pensait à le lécher

Quand l’oiseau lui tint ce langage :

«Le loup a tué un agneau

«Gras et joli, mais déjà laissé aux moineaux

«Je n’ai jamais vu un repas de si bon choix.»

A ces mots, le renard  ne sent plus de joie

Et pour ce gros festin de rois

Il court à toute vitesse, laissant sa première proie.

Le corbeau s’en saisit et dit : «Mon beau Monsieur,

«Sachez qu’un tiens vaut mieux

« Que deux tu l'auras. Car d'agneau, il n'y a goutte

«Cette  leçon vaut bien un fromage, sans doute»

Le renard, honteux et confus

Jura, mais un peu tard, que l’on ne l’y prendrait plus.

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28/05/2006

La Vie

Bon-papa a trouvé un vieux caillou dans sa poche.

Quel drôle de caillou, pense Bon-papa, il est tout petit, ratatiné, plein de petites rigoles, on dirait... 

-"Mais oui, c'est une semence de capucine...Elle ressemble à un caillou, mais elle est pleine de vie", s'écrie-t-il.

-"Pourquoi ?"  lui demande le petit Henri.

- "Mon Dieu, qu'est-ce que tu me demandes là, lui répond, Bon-papa. Je pense que les plus grands savants ne pourraient pas répondre à ta question. Qu'est-ce que la vie ?

La vie est en toi. C'est elle qui te fait respirer, boire, manger, courir et dormir.

Tu vois cette petite semence de capucine. On croit qu'elle ne vit pas. Elle ne boit pas, elle ne mange pas. Elle est restée dans ma poche sans changer, sans grandir, sans rien faire.  J'ai cru que c'était un caillou.

Viens, nous allons la mettre en terre et l'arroser.  Rapidement, elle va sortir de son sommeil, et préparer une plante qui va respirer, avoir des fleurs qui vont s'ouvrir au soleil.

Comme le sang qui court en toi, la sève de la capucine va courir à travers tout son corps.

Un jour les fleurs de la capucine faneront, nous allons croire qu'elles sont mortes, que la vie les a abandonnées, mais ce ne sera pas vrai. Ces fleurs auront fait des semences qui ressembleront à des cailloux et seront prêtes à recommencer".

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25/05/2006

Du lit au Chocolat

Bon-papa grognon fait la sieste

Il craint le bruit comme la peste.

Il ronchonne : Laissez-moi tranquille

Je m'en roule comme l'escargot dans sa coquille.

Foutez-moi la paix

Mes yeux ont fermé leurs volets.

Mes oreilles ne veulent rien entendre

Même pas les mots les plus tendres.

Seul mon nez reste ouvert

Pour respirer le bon air.

Mm ! je sens le chocolat.

Comme il est vite en bas, Bon Papa,

Plus gourmand que paresseux

Il boit une tasse de chocolat mousseux.

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Le calendrier

Nouveau calendrier joli,

Janvier n'est pas fini

que déjà tu vieillis.

Tu perds tes feuilles

comme l'arbre d'automne.

As-tu oublié les voeux sous le gui

pour que tu veuilles

annoncer des jours gris ?

Tu es un vilain bonhomme !

Car pour moi, il n'est meilleur jour

pour goûter l'amour

que le jour d'aujourd'hui.

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19/05/2006

Le Fusil

Paul-Junior a acheté son premier fusil

 

Dans l'arbre du jardin, un oiseau bouge.

Pan ! L'oiseau est tombé sans un cri.

Il gît là, sur l'herbe, teinté de rouge.

Junior le regarde, sans vie, comme un objet.

Une mouche suce déjà son sang.

Paul n'ose pas toucher cet objet sanguinolent

D'un coup de pied, il le jette sur un tas de déchets.

 

Paul-Junior a déjà revendu son dernier fusil.

 

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11/05/2006

 Le paon et le miroir

Maître Léon, se voulant admiré,    

tenait en secret son grand âge.

Mettre retard à son âge avancé    

devenait son seul ouvrage.

Chaque jour, il braillait bien haut :

"Ah que je suis joli ! Oh que je suis beau !    

Sans mentir, l’éventail    

de ma queue mérite mon travail,    

je reste plus beau que le page du Roi."

De ces mots, chaque matin, il puisait sa joie ;

Et, pour entendre sa belle voix,

il ouvrait un large bec, et se dilatait le foie.

Le miroir s'en aigrit, et dit : "Mon bon Seigneur,    

apprenez donc que tout bonheur

est au dedans de celui qui le goûte.    

Cette leçon vaut pour un bellâtre, sans doute."

Notre paon, furieux et déçu,

brisa le vieux miroir qui ne le flattait plus.

 

s.  Jean de la Source.

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06/05/2006

La cerise

J'ai entendu le merle siffler

dans un arbre du verger

Vêtu d'un complet noir,

il disait au revoir

au soleil couchant.

Oh merle, tu es méchant.

Je t'ai vu becqueter

le dernier fruit du cerisier !

Mais je te pardonne.

Cette cerise, je te la donne.

Le verger n'est pas à moi,

il est au voisin d'en bas.

 

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 Le bel oeuf

Le coq de madame Bertrand était doublement étonné :

1° Les cloches ont sonné au milieu de la nuit.

2° Il a trouvé un oeuf près de la porte du poulailler, un bel oeuf brun  couvert de petits dessins.

 

Cet oeuf, pensa-t-il, n'a pas été pondu par une de mes poules. Je vais leur dire que je l'ai pondu moi-même.

 

Aussitôt pensé, aussitôt fait. Après avoir chanté deux magnifiques Cocorico, il se mit à pousser des  "cot-cot-codaac", en courant comme une poule qui vient de pondre.

 

Toutes ses poules accoururent au plus vite. A-t-on jamais entendu un coq chanter comme cela ?

Celui-ci, après avoir rassemblé son harem, fit un beau discours à ses femelles :

"Mesdames, j'ai pondu cet oeuf brun avec des petits dessins afin de vous prouver qu'en toutes choses votre coq est capable de vous montrer l'exemple.

Je demanderai à l'une d'entre vous de couver soigneusement mon chef-d’oeuvre, car il ne convient pas qu'un coq reste assis sur un oeuf sans veiller à la bonne marche du poulailler."

 

Toutes les poules se mirent à crier ensemble "C'est moi qui le couverai."

Elles criaient, gloussaient et caquetaient  en un tel tapage que les autres poulaillers du village s'imaginaient qu'il y avait une révolution chez Madame Bertrand.

 

Le coq cria donc : "Mesdames, mettez vous en ligne. Le sort désignera celle qui bénéficiera de l'immense honneur de couver l'oeuf merveilleux."

Il se mit alors à chanter : "Une poule sur un mur qui picote, qui picote du pain dur, lève la queue, c'est toi qu ile couveras"

Le sort tomba sur la poule blanche, madame "Coquette", celle qui se mire si souvent dans la mare aux canards en disant que son plumage est "plus blanc que blanc". 

 

Coquette s'assit donc sur l'oeuf en gloussant d'orgueil.

 

Hélas, le lendemain, il n'y avait plus d'oeuf. Mais son nid était plein de chocolat. Sa belle robe blanche était toute crottée. 

Ajurd’hui encore, tout  le monde se moque de la coquette et la nomme désormais : "plus brune que blanche"

 

Quant au coq, personne n'ose s'en moquer. Il a deux ergots qui peuvent faire mal à ceux qui lui manquent de respect.

 

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La jument, la vache et l'ânesse

La vache n'est pas contente. La nouvelle jument de Madame Bertrand court dans le pré et l'empêche de manger.

 

-"Vas jouer plus loin, lui dit-elle, si je ne mange pas à mon aise, je n'aurai pas assez de lait pour remplir le seau de notre maîtresse."

 

-"Mais madame Bertrand n'a pas besoin de ton lait, réplique la jument. La nature lui a donné tout ce qu'il faut pour nourrir ses petits, je l'ai vu allaiter son bébé. Par contre, notre maîtresse n'a que deux pattes alors que nous en avons quatre. Tantôt madame Bertrand se servira de mes quatre pattes, pour courir à travers bois et vallons."

 

-"Tu es une écervelée, reprend la vache. Notre maîtresse n'a pas besoin de tes pattes, tu ferais mieux de lui offrir du lait pour son beurre, son fromage et sa cuisine."

 

-"Par la pointe de mes longues oreilles, gémit l'ânesse, ces deux querelleuses ont raison en ce qui les concerne mais ne connaissent rien de la vie des autres. Elles tournent autour de leurs nombrils et ne voient pas plus loin que le bout de leurs nez.  On devrait les coiffer d'un bonnet d'âne qui rend si intelligents, les écoliers fainéants."

 

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27/04/2006

J'ai soixante ans

Une Vieille Dame a écrit dans un livre :

"Aujourd'hui, j'ai vieilli d'un jour."

Bon-papa a lu ce livre. Mais il a oublié le nom du livre, le nom de la vieille dame, et tout ce qu'elle a écrit dans son livre, sauf : "Aujourd'hui, j'ai vieilli d'un jour."

 

Bon-papa a beaucoup réfléchi.

Il pense que la vieille Dame n'a pas écrit cette phrase le matin.

Elle a dû attendre que le soleil soit couché.

Il faut qu'aujourd'hui soit presque fini pour vieillir d'un jour.

 

Quand Bon-papa était petit, il ne s'appelait pas encore Bon-papa-farceur.

Il s'appelait seulement "PHILIPPE".

Un jour, sa maman lui a dit : "Aujourd'hui, c'est ton anniversaire, tu as vieilli de dix ans".

Quand on est un petit enfant, c'est important de vieillir de dix ans. On a besoin de deux chiffres pour écrire son âge. Bon-papa se souvient bien de ses dix ans, il y avait un gâteau avec DIX bougies. Il y en avait tout plein, tout plein. C'était le 27 décembre 1939.

 

Le 27 décembre 1940, Bon-papa (qui ne s'appelait pas encore Bon-papa, mais seulement Philippe) n'a vieilli que d'un an. Son gâteau d'anniversaire n'avait que deux bougies :

Une grosse rouge pour le premier 1 de 11 ans.

Une petite blanche pour le second 1 de 11 ans.

 

Le 27 décembre 1969, Bon-papa (qui ne s'appelait pas encore Bon-papa, mais déjà Papa) a vieilli de QUARANTE ANS. Il est devenu quadragénaire.  Il était triste et fatigué. Il pensait qu'il serait bientôt quinquagénaire puis sexagénaire. Des noms qui font vieux comme ceux des dinosaures.

 

Mais aujourd'hui Bon-papa est heureux d'être sexagénaire.  Il a compris que sexagénaire rime avec grand-père.

 

Le 27.12.89

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26/04/2006

A nos enfants, petits enfants et arrières...

Novembre fait penser à la mort. Sans oser nous en parler, vous vous demandez parfois si, tellement près de l’échéance, nous n’avons pas peur de mourir.

Sans hésiter, je vous répondrai : Non pas de mourir, parfois du comment nous allons partir, la peur de souffrir.

La nature est bien faite. Le bébé se plait dans son berceau et ne rêve pas d’en sortir. L’enfant rit en entamant ses premiers pas, il court jusque dans les bras de sa mamy. L’adolescent se plait à aimer. L’adulte construit. Le vieux sait comment vieillir.

 

A la fin d’un bon repas, aux assiettes bien remplies, on est heureux, mais on ne rêve pas d’un troisième dessert.

Au soir d’une vie bien remplie, on peut être heureux mais avoir parfois envie de se reposer, de dormir… pour toujours. Oh, on aime bien la vie ! On aime bien se souvenir. Comme vous, nous avons eu nos idéaux et notre manière de vivre. Nous nous sommes battus pour la Patrie, pour la paix et pour la sécurité sociale. Nous avons presque émancipé la femme.  Nous avons renversé le mur de Berlin, effacé les frontières…nous avons même décroché la lune. Nous vous avons donné l’Univers pour patrie.


 

Il est vrai que nous avons amoché votre planète. Nous vous en demandons pardon.

Mais vous avez compris la leçon. Vous avez déjà commencé votre guerre… contre le désert, contre la misère, pour la solidarité internationale. Le jour où nous partirons, nous vous bénirons, vous êtes nos enfants, notre plus beau fruit, nous vous aimons tant.

 

Vous avez repris le flambeau, mais nous ne comprenons pas toujours bien ce que vous en faites. Mais rassurez-vous, nos parents ne nous ont pas bien compris non plus.

Ils ont eu eux aussi, leurs bonheurs, leurs souffrances, leurs idéaux et leurs désillusions. Mais comme vous maintenant, comme nous maintenant, ils ont été heureux de vivre et savaient déjà que la vie ne se conjugue bien qu’au présent.

Et pourtant si nous vous parlons parfois de notre mort ou d’après notre décès, ne nous coupez pas la parole en disant «On a encore le temps.» Ca nous rassure, de bien faire nos valises.

 

Gros bisous de vos vieux parents.

 

 

Novembre 2005

 

 

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Max Eval

Autrefois, lorsque je «publiais » un écrit, je le signais Max Eval.

Mais un jour, j’ai remarqué que je me cachais derrière un pseudonyme. Non pas par humilité ou pour des raisons louables, mais par peur de la critique. J’ai eu l’impression que j’écrivais des lettres anonymes, que j’avais peur de dévoiler ma pensée, de me mettre à nu devant autrui.

Aujourd’hui, je signe toujours de mon vrai nom. J’ai cependant chaque fois le trac, un peu comme avant de monter sur les planches. Sur trois écrits, j’en jette d’ailleurs deux. Ils ne me plaisent plus le lendemain de leur création. Mais qu’importe, je me suis amusé, je me suis exprimé en les écrivant.

 

Mais qui est Max Eval ?

 

En juin 1940, lorsque nous sommes rentrés à la maison, après un court exil en France, ma mère pensait qu’elle pourrait jeter nos soldats de carton, nos petits tanks et tout notre arsenal militaire. Confrontés à la vraie guerre, nous n’aurions certainement plus l’envie de jouer aux petits soldats.

Or, à peine rentrés, nous avons ouvert les allonges de la table de notre salle de jeu et nous avons disposé nos petits soldats pour une première grande bataille. Nos petits canons à ressort, jetaient des petits pois secs sur les soldats adverses. Si ceux-ci tombaient, ils étaient morts. S’ils changeaient seulement de position, ils n’étaient «que» blessés et pouvaient servir à nouveau après dix minutes.

La grande guerre des petits soldats était engagée. Elle fut quasi notre seul jeu durant les quatre ans de la vraie guerre.

Nous étions huit enfants, deux filles suivies de six garçons. L’aîné des garçons était jésuite et avait donc déjà quitté la maison. Seuls les quatre plus jeunes jouaient aux petits soldats, Jacques 12ans en 1940, moi 10ans, Pierre 8ans et Michel 4ans. Très vite, il a fallu nous organiser, donner des règles à la guerre, avoir chacun notre propre pays.

Mais personne ne voulait être à la tête de l’Allemagne. Personne n’avait le droit de représenter la Belgique, les autres ne voulant pas faire la guerre contre sa propre patrie. La patrie était en effet l’objet d’un culte sacré, c’était l’époque où nous chantions la Brabançonne avec une larme à l’oeil.

Nous avons donc dessiné une carte imaginaire de la planète Vénus. Jacques a choisi une île qu’il appela Scotland. J’ai choisi un pays au centre du continent. Je l’ai appelé l’empire de Karabasta avec Maxeval, comme capital. Ce qui voulait dire la plus grande ville en Karabastien. Mon pays avait en effet sa propre langue. Une langue qui n’était composée que de sons, sans réel vocabulaire si ce n’est quelques mots latins que je déformais. Mon empire était  l’empire de l’orgueil, je lui prêtais une culture. A Maxeval, il y avait, par exemple une statue qui s’appelait Koyot. C’était la statue la plus hideuse de Karabasta, mais elle était très ancienne et comme le symbole de l’Empire. Un peu comme la tour Effel pour Paris, Maneken-pis pour Bruxelles. L’Atomniom n’existait pas encore. Cette idée m’était brusquement venue en tête, parce que mon professeur avait prononcé le mot hideûûse de façon très  particulière. En français qui était la langue internationale de Vénus, il fallait donc prononcer hideûûse.

Pour ne pas leur faire l’injure de les oublier, je citerai le nom du pays de Pierre, la Lombestie et celui de Michel, la Prospéria. Mais ce dernier, n’avait pas eu le droit d’être un état souverain. Il était trop petit pour appliquer les innombrables règles de Vénus. Il avait choisi d’être la colonie de Karabasta. Ce dont je lui reste encore gré aujourd’hui, la Prospéria étant le plus grand territoire de notre carte mais sur un autre continent.

Après 1945, Vénus connut une période de paix. Nous y avions créé la tétrarchie, une sorte d’O.N.U. La table de jeu était devenue une grande table de négociations, nous publions des journaux et prononcions des discours. Nous faisions de la politique internationale et même intérieure en ce qui concerne l’Empire de Karabasta.

Michel, ayant atteint un âge plus avancé, il me fallut bien lui accorder l’indépendance, bien avant le Congo.

 

Au Congo justement, où Janine et moi, avons vécu les années d’indépendance, de 1959 à 1962, nous avons constaté le même effet de mimétisme des enfants vis-à-vis des grands. Dès le début des hostilités, les enfants ont fabriqué des jumelles avec des boites de «cirio», des fusils avec de vieilles branches. Ils se sont costumés en soldats. Il leur arrivait de défiler fièrement avant ou après le passage de l’armée, sous les applaudissements des adultes noirs comme des blancs.

 

Comment s’étonner dès lors que certains enfants de dix à quinze ans soient des vandales au siècle du terrorisme, surtout si, sans cesse la télévision leur parle d’impunité suite aux droits de l’enfant.

 

Mais mon propos n’est pas de faire de la sociologie ou de la morale, je pose donc mon doigt sur le point final, en vous demandant cependant de ne plus regarder avec indifférence l’étoile du berger. Pensez au contraire aux millions de Vénusiens qui y vivent désormais en paix et pensez plus particulièrement au grand Empire de Karabasta gouverné par votre serviteur.

 

Filippo II

Imperator van KARABASTA

 

Texte traduit du Karabstien par

Ph. W.

Le 20 novembre 2005.

 

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25/04/2006

 ANONYMAT

Taguer en grand :

«Ca va saigner ! »

mais foutre le camp

sans jamais signer

 

Crier dans la foule

que le monde s'écroule,

mais me tenir coi

si on me demande pourquoi.

 

Afficher sur les murs

des mots très durs,

mais me taire

et ne rien faire

 

Vider un encrier

sur un tas de papiers

sans rien comprendre

sans rien apprendre.

Mais dans la foule, être sûr de moi

et crier comme un putois.

 

Bouter le feu

chez les malheureux

mais laisser les puissants

dormir tranquillement.

 

Se croire chargé d’un idéal

mais être moins qu’un animal,

un simple robot

chargé d’un calicot.

 

Verviers, le 29.08.1996 - Theux, le 24.11.2005

 

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Le rêve de Noël de Grand Mamy

Je suis arrière grand-mère,

Mes enfants n’ont plus de père

Déjà, je n’ai plus de mari.

Mais pourtant, la vie me sourit.

Dans ma maison de repos

Je regarde des photos

Je chausse mes lunettes

Pour regarder ma petite Annette,

Celle qu’on appelle déjà «Bonne maman»

Mais qui reste mon enfant.

Mais pour du vrai, j’adore

Me pencher sur la petite Aurore

Dans son berceau bleu,

Elle me sourit,

Comme un ange du Bon Dieu,

Comme un ange du Paradis.

Ce sera bientôt Noël

Je verrai l’Ange Gabriel

La déposer à côté de l’Ane gris.

Et pourquoi, cette année,

Jésus ne serait-il pas une fille ?

Comme Madame Marie ?

Pourquoi, Dieu, son père,

Se montrerait-il assez sévère

Pour le priver d’être une mère,

De donner son lait

A un charmant enfant ?

Oh ! Mon Dieu, s’il te plait !

Dans vingt ans, je serais sur un nuage blanc

Je verrais ma petite Aurore

Je lui dirais vraiment, «Je t’adore,

Tu es mon petit Jésus et tu es maman.

Comme moi, comme Annette,

Comme Violette,

Qui est ta maman.»

 

Theux, Le 25 novembre 05

Un mois avant Noël

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24/04/2006

Avant propos

Lorsque j’étais enfant, j’aimais traîner les pieds dans la forêt automnale.

Les feuilles faisaient un frou-frou dont la musique me réchauffait le cœur. Maman venait de sortir les manteaux chauds. Cette nouvelle chaleur, émanant de mon propre corps, mais enfermée dans le textile, contrastait avec la fraîcheur de la saison des feuilles.

 

Il m’a fallu longtemps, il m’a fallu des années, pour penser à la vie des feuilles que je foulais en traînant les pieds.

Si l’on réfléchit bien, la première feuille, libérée de son arbre, est tombée la première. Elle a vite été recouverte par les autres, de telle manière que la première qui s’offrait à ma vue était tombée la dernière. Ne dit-on pas que «les premiers seront les derniers» ?

 

On chante que «les feuilles mortes se ramassent à la pelle», mais ces feuilles sont-elles vraiment mortes ?  

L’absence de vie n’existe quasiment pas sur terre. La chenille devient papillon. La feuille devient terreau.

Des grains de blé, trouvés dans les pyramides ont germé et donné du fruit après une léthargie qui a duré des millénaires.

 

Comme des feuilles privées de la sève de leurs arbres, ces feuilles de papier sont tombées dans ta petite farde. J’ai voulu leur laisser le maximum de liberté. Je ne les ai pas classées. Elles sont là, trouées par deux chenilles gourmandes, les plus anciennes en bas, recouvertes par les plus récentes.

 

A toi d’en faire ce que tu veux. Les jeter en l’air et les laisser voler au gré du vent, ramasser la première qui te tombera sous la main et la lire à ton aise.

En faire des petits avions qui voleront comme les papillons évoqués plus haut.

Si tu aimes l’ordre et les dossiers bien classés, tu peux les lire et les classer comme dans un herbier, dans un ordre bien à toi, comme tu l’auras décidé.

Par ordre chronologique, par sujet, d’un côté les vers, de l’autre côté la prose ou même par nombre de lignes et, pourquoi pas, par fautes d’orthographe. Mais j’espère que tu n’en trouveras pas.

Tu peux y ajouter des feuilles créées par d’autres arbres, par toi ou par des amis, ce serait un honneur pour moi.

 

Quand elles étaient attachées à moi, nourries par la sève de mon cerveau, ces feuilles étaient bien vivantes, elles véhiculaient des pensées, des sensations ou des émotions. Maintenant qu’elles sont trouées, menottées dans une farde, elles ne sont plus que du papier encré, des grains de blé dans une pyramide. Mais si tu les lis, mes pensées feront germer tes pensées. Peut-être apprécieras-tu celles que j’aime le moins. Peut-être au contraire, jetteras-tu celles que j’adore.

 

Un conseil, cependant, ne les lis pas toutes à la fois. Ces feuilles ne sont pas un livre. Elles ont éclos, une à la fois, aux cours des années. Les feuilles tombent une à une au gré du vent. Celui-ci a la sagesse de prendre son temps. Il vient tantôt de l’est, tantôt du nord, de l’ouest ou du sud. Quand il se sent chaud ou quand il a froid, il choisit ses feuilles, laissant les vertes, mais poussant celles qui, parées de leurs couleurs, lui paraissent mûres.

Un cd reprenant toutes les chansons du meilleur chanteur finit par lasser. Que dire des élucubrations d’un griffonneur ! Si tu lis une histoire, chaque soir la punition sera moins blessante, j’ose même espérer que tu y trouveras du plaisir.

Et si, un jour, mon ordinateur me démange, peut-être oserai-je te donner de quoi compléter ton herbier. Et si ce sont des feuilles d’orties, ne te pique pas, tu peux en faire une très bonne soupe.

 

Une remarque, cependant, certaines feuilles sont destinées à des enfants, d’autres à des plus grands. Au début, c’était Bon Papa qui écrivait à ses petits, mais ils ont grandi. Il est amusant de penser qu’aucun d’eux n’en a pris connaissance.

Je n’osais pas les leur lire. J’avais le trac. Et puis, ils aimaient tellement venir avec leurs livres pleins d’images. Ils me demandaient de les leur lire sur mes genoux sans en changer un mot.

Mais aujourd’hui, je saute dans le bain, je leur prépare ce recueil, pour leurs étrennes, en pensant à eux mais en tremblant comme la petite feuille tout en haut de l’arbre qui tient encore, on se demande pourquoi. Et puis, aujourd’hui, c’est la Sainte Catherine, tout bois prend racine, j’ose espérer que ton cerveau est un terrain qui leur convient et que bientôt de grands arbres pousseront dans ton verger.

 

Amicalement,

 

Ton vieux radoteur.

 

Theux, le 25  novembre 2005

Un mois avant Noël

 

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